Bretagne

Le jour où j’ai visité le bateau préféré des enfants néerlandais

Le port de Vannes (Morbihan, Bretagne) a comme un air de changé, en cette fin du mois de mai.

Exit les petits bateaux moribonds : un énorme et immense deux mâts s’est posé là. À côté de lui, un curieux bateau jaune et noir avec ce qui semble être une cheminée.

Le Morgenster (à droite) et l’Hydrograaf (derrière, à gauche), qui ne passent PAS DU TOUT inaperçus dans le port de Vannes.

Mais que font ici les bateaux néerlandais Morgenster (celui à voiles) et Hydrograaf ? Eh bien, ils sont tout simplement invités pour une semaine dans le Morbihan.

En effet, tous les deux ans est organisée « La Semaine du Golfe ». C’est un gigantesque (ils sont toujours un bon millier) rassemblement de bateaux de toutes sortes, qui profitent de l’occasion pour se promener, faire des courses entre eux ou juste défiler pour le plaisir des yeux des visiteurs.

Si la file est déjà immense pour pouvoir accéder au Morgenster, je préfère aller voir son voisin. Car, disons-le tout de suite : l’Hydrograaf a une histoire de tarés.

L’Hydrograaf a eu mille vies, que je ne vais pas du tout vous raconter (bah si, hein).

Ce bateau voit le jour en 1910 à Rotterdam. À l’origine, il est propulsé par deux machines à vapeur, alimentées au charbon. Comme il a besoin de peu d’eaux pour naviguer, il passe partout. Bien pratique pour la Marine, qui l’utilise pour faire des mesures hydrographiques.

Dans les années 20 et 30, c’est la consécration : l’engin devient carrément yacht royal, et balade les reines Emma, Wilhelmine et Juliana dans les provinces du sud des Pays-Bas, difficilement accessibles par la terre.

Ce qui fait que, aujourd’hui, quand vous visitez l’Hydrograaf, vous avez droit à des photos et tableaux délicieusement kitsch de la famille royale.

Ma mamy aussi a fait un portrait d’elle comme ça (c’est faux).
Un petit biscuit royal ?

En 1940, c’est la guerre, et l’Hydrograaf change une nouvelle fois d’affectation : il est envoyé en Grande-Bretagne pour faire partie du service déminage. Avant de rentrer chez lui en 1944 et de se remettre à faire des mesures hydrographiques.

Devenu trop vieux, le bateau prend sa retraite en 1962. Là, c’est la traversée du désert (pas super pratique pour un bateau). L’Hydrograaf est mis dans l’ancien port au sel d’Amsterdam et se dégrade petit à petit…

[Serait-ce la fin pour notre héros ? Va-t-il mourir ignoré de tous ? Vous le saurez…maintenant]

En 1983, coup de théâtre : l’Hydrograaf est racheté par un particulier ! Alléluia ! Il le restaure de fond en comble et en fait un navire de luxe pour réceptions, mariages et autres fêtes arrosées.

Et c’est vrai que l’intérieur est classe : plusieurs salles à manger en lambris succèdent à un bar avec vue par les hublots, avec des petites fleurs pour égayer tout ça. Sur le pont, en cette Semaine du Golfe, on sert jus d’orange frais au son d’un groupe pop.

L’une des salles à manger.
Petite fleur.

Donc, on résume : l’Hydrograaf a étudié les fonds marins, a servi de yacht royal, a déminé pendant la guerre, accueille des fêtes…

Et c’est pas tout : depuis 1985, il est chargé d’une mission hautement importante. Amener Saint-Nicolas aux Pays-Bas.

Pour ceux qui ne connaissent pas Saint-Nicolas

>>> Si vous ne savez pas qui est Saint-Nicolas, c’est une sorte de rival du Père Noël, qui arrive plus tôt (le 6 décembre) et qui se trimballe avec le méchant Père Fouettard (je crois que je n’avais pas besoin de préciser « méchant » vu son nom), dont le rôle est de punir les enfants pas sages. Saint-Nicolas tiré d’une légende sympa, qui raconte qu’il aurait ressuscité des enfants coupés en morceaux et prêts à devenir de la saucisse (beurk). On le fête pas mal en Belgique, aux Pays-Bas donc, au Luxembourg, mais aussi en Allemagne et dans certains coins de France (notamment dans certains villages d’Alsace-Lorraine). <<<

C’est bon, j’ai fini d’expliquer qui était Saint-Nicolas

Donc, chaque 6 décembre, l’Hydograaf pointe son nez aux Pays-Bas avec Saint-Nicolas qui fait coucou sur le pont et plein de cadeaux dans les cales.

Et, pour faire semblant devant les enfants que le bateau est toujours à vapeur, on utilise des…fumigènes. Très vite interdits et remplacés par une machine à fumée, bien moins dangereuse.

Une arrivée annuelle qui a fait du bateau une star des minots aux Pays-Bas. Et qui laisse songeur : chez nous, si le Père Noël devait arriver par bateau, il viendrait avec quoi ? Le Charles-de-Gaulle ?

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Top 5 des lieux qu’on a grâce au Diable

Il ne fait pas que rôtir les âmes damnées : le Diable a aussi eu la bonne idée de créer ces cinq lieux plutôt sympas (contre ou avec son gré, ça dépend).

Un pont très solide

Le pont de Saint-Guilhem-le-Désert. Crédit : l’office de tourisme de la ville.

Le pont du Diable, vous connaissez ? C’est une légende qu’on retrouve à plein d’endroits différents en France : au-dessus des gorges de l’Hérault, dans le château du Haut-Barr en Alsace…

Grosso modo, elle suit à peu près les mêmes lignes : des habitants n’arrivent pas à construire un pont entre deux rives. Le Diable propose alors son aide, promettant un pont solide comme jamais et majestueux, mais à une seule condition : que la première âme qui le traverse lui appartienne.

Le château du Haut-Barr, à Saverne, en Alsace.

Malins, les villageoises/villageois/saints trouvent toujours un stratagème : une femme appelle un chat situé de l’autre côté ou saint Guilhem y lance un os pour que s’y précipite un chien.

À chaque fois, le Diable enrage et disparaît en proclamant des menaces. Depuis, on n’a pas trouvé mieux comme astuce pour ne pas payer la construction d’un pont.

Une place venteuse

Devant la cathédrale de Strasbourg.

À Strasbourg, en hiver, il faut s’accrocher pour traverser la place de la cathédrale. Un vent terrible et glacial y souffle, si bien qu’on a envie de courir sur les pavés pour y échapper.

Encore un coup du Diable…mais un peu contre son gré. La légende raconte en effet que le Malin n’eut pas de meilleure idée que de s’emparer de la belle cathédrale alsacienne. Il arrive donc sur son destrier, qui n’est autre que le vent, en descend et part à l’assaut de l’église.

Pas de bol, les anges arrivent à le piéger et l’enferment dans ce qu’on appelle aujourd’hui le Pilier des anges. Depuis, sa monture, le vent, ne cesse de l’attendre en tournant en rond autour de l’édifice…

Une vue dégagée sur la mer

Ys est peut-être quelque part là, dans la mer… Crédit photo : Ollamh.

Ah, cette vue dégagée qu’on a sur la baie de Douarnenez (Finistère), aujourd’hui… Figurez-vous qu’autrefois, ce n’était pas le cas, puisqu’il y avait là : une autre ville.

Nommée Ys, c’était un véritable paradis sur terre, sur lequel veillait au grain le roi Gradlon. Sauf qu’un jour, sa fille, Dahut, eut la bonne idée de répondre oui à la demande de l’un de ses amants : lui passer les clefs de la ville. Pas de chance, ce dernier était le Diable et il s’empressa avec le trousseau d’ouvrir les digues, et donc d’inonder la ville.

Le tableau « La fuite du roi Gradlon », d’Evariste-Vital Luminais, peint vers 1884.

Gradlon sauta sur son cheval pour échapper à la mer qui venait d’engloutir Ys et essaya d’attraper sa fille. Mais saint Guénolé lui ordonna de la lâcher, car voyons, c’était à cause d’elle que ce malheur se produisait. Gradlon lui obéit et Dahut disparut dans les flots…pour devenir une sirène (ça, c’est pour pas dire qu’elle est morte noyée).

Ah, une belle légende à se raconter autour du feu pour se prouver que, les bonnes femmes, c’est toujours à cause d’elles qu’on a des ennuis !

++ Si vous voulez d’autres légendes cheloues sur cette belle ville qu’est Quimper, ce petit article est pour vous.

Une île criblée de dents

L’île d’Er Lannic, vue du Golfe du Morbihan.

Petite curiosité quand on va visiter le cairn de Gavrinis, dans le golfe du Morbihan : alors qu’on part rejoindre en bateau cet endroit qu’on suppose être un tombeau construit il y a près de 6 000 ans, on passe à côté d’une curieuse île, nommée Er Lannic.

Déjà, elle est minuscule. Mais, en plus, elle possède des menhirs qui semblent plonger vers la mer. Ce n’est pas une impression, nous approuve la guide. « A marée basse, on voit d’autres menhirs se dresser. »

Mais pourquoi diable (c’est le cas de le dire) nos ancêtres ont dressé ces rochers là ? La guide sourit : ce ne sont pas eux les ont dressés ! L’histoire dit que le Malin vivait ici. On appela en renfort les moines d’à côté pour s’en débarrasser. Ils jetèrent de l’eau bénite en veux-tu en voilà et le Démon finit par fuir.

Mais avant, de fureur, il croqua une île…et y laissa ses dents, avant de s’enfuir piteusement. D’où cet alignement de pierres, CQFD. Du coup, j’aimerais bien savoir combien de diables ont perdu leur dentition pour les alignements de Carnac

Le Sacré Coeur de Paris

Le Sacré Coeur, vu d’un immeuble pas très loin de la place de la République, à Paris.

Ah, vous ne vous y attendiez pas, à celui-là, hein ? Remballez vos idées romantiques sur le Sacré Coeur, cette belle basilique blanche qui surplombe la capitale française. Elle a le goût du sang.

On est alors dans les années 1870. Dans une lettre adressée à des curés nantais, monseigneur Félix Fournier fait sa drama queen : si la France a perdu la guerre contre la Prusse, c’est parce que c’est une punition divine ! Les Français se sont trop laissés aller, ils ont laissé le Diable entrer dans leur vie, ils sont en pleine déchéance morale : cette défaite, en fait, c’est un peu comme si Dieu leur disait : « Bien fait pour votre gueule. »

Vite, vite ! Il faut réparer tout ça et donc, logiquement, construire à Dieu une magnifique église. Ce sera le Sacré Coeur, dont la mise en oeuvre va être reconnue « d’utilité publique » (rien que ça).

Mais cette guerre ne serait pas la seule raison… Les années 1870, ce n’est pas que la défaite de la France. C’est aussi la Commune de Paris, en 1871. Pour résumer très (trop vite), la Commune, c’est les Parisiens qui s’emparent de leur ville, en faisant une sorte de système auto-géré communiste, avec plein d’avancées sociales (tentatives d’égalité hommes-femmes, laïcité…). Une Commune qui sera anéantie dans le sang, deux mois plus tard.

Et figurez-vous que cette utopie parisienne avait démarré… sur la butte Montmartre, là où s’élève le Sacré Coeur ! Certains affirment donc que la construction de l’édifice a été réalisée pour « expier les crimes des communards ».

Histoire que les Parisien se souviennent, à chaque fois qu’ils lèvent les yeux et voient la célèbre carcasse blanche, que Dieu les surveille. Et qu’ils n’ont pas intérêt à nouveau à retomber dans les mains du Démon.