Pays de la Loire

Cimetière mérovingien, prés classés monuments historiques, l’une des plus belles rues de France… J’ai visité les petites cités de caractère de la Mayenne

On ne peut pas se déplacer à plus de 100 km ? Pas grave : c’est le moment de découvrir son département ! C’est ce que j’ai fait en ce mois de mai 2020, en visitant les petites cités de caractère de la Mayenne, ces communes au patrimoine remarquable. Il y en a sept dans le département. Et j’ai découvert plein de trucs…

À Chailland, une Vierge qui n’a pas le vertige

On la voit direct quand on arrive en voiture : une Vierge d’un blanc immaculé, dressée sur un gros rocher surplombant le village. Si on a un peu de courage, on peut monter pour l’admirer de plus près. Et se rendre compte que, eh bah, ça a pas dû être simple de la transporter jusqu’à là-haut.

En plus, il flottait ce jour-là de Pâques 1913 (pas merci le Bon Dieu hein). Ce qui n’a pas découragé les habitants : les rues de Chailland étaient pleines, avec quarante cavaliers, Jésus sur sa croix venu voir sa môman, une fanfare, des groupes religieux… et puis, bien sûr, la Vierge sur son char au milieu.

Pendant deux heures, la Vierge a fait un petit parcours d’échauffement ; puis, 72 brancardiers ont pris le relais. Pendant environ 1 h, durant le dernier bon kilomètre, ils ont douillé leur race pour porter la statue de 2,35 m et, surtout, de 630 kg (quelqu’un n’aurait-il pas abusé des chocolats de Pâques, hmm ?). Avant d’élever et de fixer Marie sur son dernier socle. Franchement, respect.

À Lassay-les-Châteaux, un Victor Hugo chassé

Comme son nom l’indique, cette cité est connue pour ses forges. Non, je déconne, pour ses châteaux. Le plus impressionnant, c’est celui à côté du bourg, le Château de Lassay. C’est simple : au milieu de ses huit hautes tours, on se croirait direct catapultés au XVe siècle, date à laquelle il a été construit.

Quelques siècles plus tard, en 1836 précisément, la forteresse médiévale intéresse beaucoup un certain Victor Hugo, qui s’y présente…et se fait chasser, le majordome des lieux croyant avoir affaire à un vagabond. L’écrivain vadrouillera dans la cité, fera quelques croquis et dormira même sur place avec sa maîtresse Juliette Drouet. L’endroit existe encore : on l’a même renommé Le pub à Victor.

À Parné-sur-Roc, un maçon aux doigts de fée

Madame de Sévigné was here ! On raconte qu’elle est passée plusieurs fois, sur ce petit pont de pierre médiéval, l’un des plus anciens connus en Mayenne. Il faut dire que ce chemin étroit permettait de relier Tours au Mont-Saint-Michel et était donc pas mal prisé, notamment par les pèlerins.

Le fameux roquet, une ruelle qui remonte du pont.

Je pourrais vous parler aussi du roquet qui remonte du pont (une ruelle qui grimpe mais où l’on est parmi les fleurs) ou alors des fours à chaux, à la fin du village (on voit encore l’habitat des ouvriers qui y travaillaient, juste devant le four).

Les maisons des ouvriers travaillant aux fours à chaux.

Mais je voulais profiter de cet article pour tirer mon chapeau à Monsieur Fripier, Charles de son prénom. Maître maçon qui a vécu au XIXe siècle, il a mis sa patte dans tout Parné-sur-Roc (hors-sujet mais j’adore ce nom de commune). Les briques blanches, rouges et noires ? Les ornements partout ? C’est lui. Et c’est très beau.

L’une des maisons construites par Charles Fripier.

À Saint-Denis-d’Anjou, l’une des plus belles rues de France

Situé au Sud-Est de la Mayenne, ce village est connu pour ses solides halles, construites au XVIe siècle. Mais il cache un autre trésor, à deux pas du grand édifice : la rue du Puits-Morin.

Une vieille ruelle (citée dès le XVe siècle) encadrée de fleurs et de très vieilles maisons (dont certaines datent du XVIe siècle). On s’y promène un peu comme dans un rêve : on traverse la rivière, on regarde le fameux puits, sans oublier de lorgner vers l’ancienne auberge du Pigeon blanc. La légende y raconte qu’un certain Henri IV y aurait séjourné…

La rue en question, avec le puits à gauche.

À Saulges, des Mérovingiens partout

Grosse déception de mes pérégrinations dans les petites cités de caractère de la Mayenne : je n’ai pas pu entrer dans l’église mérovingienne de Saulges qui, sur les photos, a vraiment de la gueule. Arf.

Il faut dire que ce mignon (tout) petit village a été construit…sur un cimetière mérovingien (Stephen King, si tu nous lis). On peut même y voir des sarcophages mérovingiens, enfoncés dans un talus.

Pour ceux qui ont la bougeotte, on peut aussi se balader autour (et au-dessus) d’un four à chaux, à quelques minutes à pied du bourg. Ou profiter du calme dans l’oratoire de Saint-Cénéré, niché dans une forêt, et un peu magique avec toutes ses bougies allumées au-dessus d’une source. Ou carrément prendre sa voiture et aller flâner sur le super site des grottes de Saulges.

À Saint-Pierre-sur-Erve, les histoires de voisinage ont leur panneaux officiels

Un endroit que j’ai surkiffé dans ce village : le pont piéton du XII-XIIIe siècle. On y rêvasse dans le lavoir, on est en calme en se posant à côté de la rivière…

Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué à Saint-Pierre-sur-Erve. Moi, ce qui m’a fait rire, c’est les Fake news de Jill Culiner : de petits panneaux d’information touristique qui ont l’air à première vue tout à fait sérieux. Sauf qu’en personnages remarquables, ils présentent une mémé qui adore les cancans ; ou un cocu fan de jardinage. Original et rafraîchissant.

À Sainte-Suzanne, des prés classés monuments historiques

Bon, est-ce que je vous l’avoue tout de suite ? Ok : Sainte-Suzanne est ma petite cité de caractère préférée. Déjà, car on peut y bien s’y amuser : on peut se promener aussi bien à l’ombre des arbres que dans des ruelles médiévales, grimper au vieux donjon en ruines, découvrir la Mayenne avec le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, longer des moulins…

Mais aussi découvrir deux choses très rares. La première : la plus ancienne construction de la Mayenne, le dolmen des Erves, qui aurait servi de sépulture à nos ancêtres en – 4 000 avant JC. Émouvant…et un peu drôle aussi, car il est au milieu d’une ferme où des chèvres broutent en vous regardant fixement.

La deuxième (et je vous en ai déjà parlé sur ce blog) : des prés classés monuments historiques, en bas du village. C’est là que Guillaume le Conquérant a monté ses camps en 1083 pour assiéger Sainte-Suzanne…qu’il n’arrivera jamais à prendre (ça a quand même duré « 3-4 ans » cette c*nnerie). La forteresse (en bois) a pourri depuis longtemps, mais il reste encore les remblais faits en terre. Et la vue pas mal sur Sainte-Suzanne, propice à l’admiration (ou à une attaque, comme vous voulez).

Alsace

J’ai testé la visite virtuelle de la Cité du train à Mulhouse (et c’était pas mal du tout)

Faute de pouvoir accueillir les visiteurs, foutu coronavirus oblige, la Cité du train à Mulhouse (Haut-Rhin) a eu une idée : et pourquoi pas faire une Nuit des musées… virtuelle ?

Résultat : samedi 16 mai, à 21 h, j’étais devant mon ordinateur avec du pop-corn pour suivre le Facebook live de Sylvain Vernerey, le directeur des lieux.

Ecouter quelqu’un parler de trains stockés dans un énorme hangar désert, ça aurait pu être plombant. Et ça ne l’a pas du tout été. Images d’archives, du musée, du directeur en pleine conférence se sont succédé, avec plein d’anecdotes sur l’histoire ferroviaire.

Envoyés pour couvrir un crash

J’ai ainsi appris que Bugatti (la très chère marque de voiture implantée à Molsheim, dans le Bas-Rhin) avait fait son propre autorail, avec chauffeur dans une sorte de cockpit au-dessus du train et larges baies vitrées pour les voyageurs.

Ou qu’en 1955, les Français explosaient le record de vitesse d’un train, avec 331 km/h. Une vitesse qui paraissait tellement folle à l’époque qu’un journal américain aurait envoyé ses hommes sur place pour filmer « le crash le plus impressionnant jamais réalisé » (et qui ne s’est…jamais réalisé). L’actuel record : 574,8 km/h, réalisé en France en 2007.

C’est quand qu’on y va ?

Bref, cette heure de visite est passée très vite. Et me donne furieusement envie d’aller là-bas admirer le train de Bugatti ou faire un baptême du rail. C’est quand déjà qu’on pourra se déplacer au-delà de 100 km ?

Renseignements : site Internet de la Cité du train – Patrimoine SNCF à Mulhouse