Pays de la Loire

Auguste Alleaume, ce mec qui insultait les Boches et mettait des biscuits Lu dans ses vitraux

Après l’histoire du paysan morbihannais qui avait prédit les antennes-râteaux, celle du moine breton qui aimait dormir tout nu avec les femmes, en voici une 3e sur un sacré personnage : Auguste Alleaume.

Ce maître-verrier est mort en 1940, mais, dans les Pays de la Loire, et notamment en Mayenne, on parle toujours de lui : et pour cause, on peut encore admirer ses vitraux dans plus de 70 églises mayennaises !

Auguste Alleaume devant son atelier à Laval. Crédit photo : Y. Guillotin © Région Pays de la Loire – Inventaire général

Le mec était doué. Quand il se lance à son propre compte dans le game du vitrail, en 1893 à Laval, il détonne : son petit atelier produit beaucoup d’oeuvres et de très bonne qualité, avec des couleurs éclatantes.

Chez Auguste Alleaume, le ciel est parfois mauve, pourpre ou couleur or. Des nuances qu’on voit très peu à l’époque dans les églises.

Et puis, je ne vous le cache pas, si je vous parle de lui aujourd’hui, c’est pour les petites facéties qu’on peut apercevoir sur ses vitraux.

Sa création la plus osée

À Combourtillé (Ille-et-Vilaine), il peint en 1917 un vitrail représentant Jésus et Marie-Madeleine. Sauf qu’à leurs pieds figure un livre avec une petite inscription : « Courage et confiance, nous les aurons, les sales Boches. »

Crédit photo : la Chronique républicaine

Si cela a été sans doute demandé par le curé de l’époque, les paroissiens se dépêcheront de cacher la phrase durant la Seconde Guerre mondiale, par prudence. Elle sera redécouverte en 1965.

Lire l’article de La Chronique républicaine à ce sujet

Sa création la plus émouvante

À Pré-en-Pail (Mayenne), la Grande Guerre a été terrible. « Dans cette paroisse de 800 âmes, il y a eu 150 soldats à partir. 46 ont été tués et bon nombre blessés », expliquait en 2014 François Bourgouin, alors secrétaire du Mouvement pour la sauvegarde et la mémoire de l’église de Saint-Julien-des-Églantiers, à Ouest-France.

Pour leur rendre hommage, on demande alors à Auguste Alleaume de figurer des scènes de combat sur les vitraux de l’église. En peignant les vraies têtes de ceux qui avaient combattu.

Sa création la plus gourmande et croquante

C’est un petit détail qu’on ne voit pas forcément tout de suite, en visitant l’église de Brézé (aujourd’hui Bellevigne-les-Châteaux, dans le Maine-et-Loire). Mais oui, là, au pied du Christ, il y a bien…des biscuits Lu.

Crédit photo : Bruno Rousseau © Conservation départementale du patrimoine – Département de Maine-et-Loire

Une commande d’un curé gourmand ? Ou alors Auguste Alleaume qui avait la dalle au moment de réaliser son vitrail ? L’histoire ne le dit pas…

Sa création la plus « fierté mayennaise »

Notre maître-verrier se fait parfois aller à quelques fantaisies dans son travail. Ainsi, à La Chapelle-Janson (Ille-et-Vilaine), il décide de dessiner Laval et non un village palestinien en arrière-fond d’un vitrail.

On notera aussi qu’il aurait parfois mis sa tête et celui de son frère à la place des apôtres, dans certaines de ses réalisations…

Sa création la plus drôle

Ce vitrail est celui qui me fait le plus rire, parce que c’est vraiment l’équivalent d’un gros doigt d’honneur. Je recontextualise : en 1905, est approuvée la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Ce qui donne lieu, en 1906, à des inventaires : on rentre dans les églises et on note tout ce qu’elles contiennent.

Crédit photo : Y. Guillotin © Région Pays de la Loire – Inventaire général

Ce qui ne plaît pas du tout aux catholiques, et notamment aux catholiques mayennais, qui empêchent souvent le fisc de rentrer. Alors, on fait appel à la force : les gendarmes arrivent, cassent les portes pour se glisser à l’intérieur…et même des vitraux, comme ce fut le cas à Montjean.

Le curé ne se démonte pas : pour remplacer le vitrail cassé, il demande à Auguste Alleaume de réaliser un vitrail…représentant les gendarmes en train de casser le vitrail ! (oui, ça fait un peu Inception comme idée) Une oeuvre qui continue de narguer les gendarmes, puisqu’elle est toujours visible aujourd’hui…

Pour en savoir plus : Auguste Alleaume, peintre verrier, d’Aenaud Bureau, paru aux éditions 303

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4 commentaires sur “Auguste Alleaume, ce mec qui insultait les Boches et mettait des biscuits Lu dans ses vitraux

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