La pire interview

« Le rafiot était dirigé par 3 hommes : l’un qui ramait et deux autres qui écopaient »

Vous la connaissez pour son blog de voyage Matante A (où elle parle de son chez soi, le Québec, mais pas que) ou pour sa collaboration avec le webzine En France aussi : la super Annabelle Fréchette m’a fait l’immense plaisir de répondre à ma Pire interview.

Au menu : des villes un peu glauques, des dollars et du vaudou ou le secret le mieux gardé du Canada enfin dévoilé… Merci Annabelle !

Ton pire voyage ?

Anabelle Fréchette (alias Matante A) : Je n’ai jamais connu de voyage complètement désastreux. Partout où je suis passée, il y a toujours eu de belles découvertes, de bons moments. Mais la pire ville où j’ai voyagé, c’est sans aucun doute Acapulco, au Mexique, au milieu des années 90, qui n’avait plus rien à voir avec l’Acapulco mythique d’Elvis ou de
Kennedy !

La ville est laide, le Walmart, ouvert 24 heures sur 24, représentait alors la plus grosse attraction de la rue principale. On était logés dans un hôtel kitsch, décoré de fausses statues romaines. Et si on nous avait d’abord prévenus qu’il fallait traverser une rue pour se rendre à la mer, on s’est vite rendu compte que ça ressemblait plutôt à une autoroute à 4 voies…

Des enfants nous faisaient les poches dans la rue le soir. A la plage, où les vendeurs ambulants de l’époque n’avaient pas l’autorisation de se trouver, l’un d’eux, voyant arriver un garde armé, s’était dépêché de camoufler sa cargaison de bijoux sous nos affaires. On a eu une petite frousse d’être accusés de recel pendant quelques instants !

Avec deux copines, nous avions pourtant utilisé les services d’une agente de voyages mais je crois qu’elle n’avait pas bien saisi nos personnalités… Mais on a bien ri pendant tout notre séjour sur place !

Ta rencontre la plus cocasse ?

Cet hiver à Santiago de Cuba. Un soir, j’étais assis paisiblement dans le lobby de mon hôtel, mojito à la main, lorsqu’un employé de l’endroit vient s’asseoir à côté de moi avec sa guitare. Il a commencé par me balancer tout le répertoire latin classique, de Guantanamera à La Cucaracha en passant par les plus grands
succès des Beatles (dont il ne connaissait visiblement pas les paroles).

On a ensuite discuté. Il m’a raconté qu’il avait un ami de Montréal qui venait chaque
année et qui ramenait pour lui et sa famille produits sanitaires et médicaments dont les Cubains manquent cruellement. Il me disait que cet homme s’appelle Ricardo. Je lui dis que Ricardo, c’est pas très courant comme prénom au Québec (ou plutôt, je le lui baragouine dans mon meilleur espagnol entremêlé d’anglais et
de français) et qu’on a une importante personnalité de la télé qui s’appelle
Ricardo.

En fait, notre Ricardo est un chef cuisinier de la télé immensément connu, ce que je garde pour moi parce que je ne sais pas comment le lui traduire. Et là, il me dit que son Ricardo à lui, il ne fait que la cocina, en mimant le geste de
manger.

Je suis restée stupéfaite devant cet improbable hasard et à ce jour, je me dis encore qu’il y a probablement un Québécois qui se fait passer pour Ricardo à Cuba. Mais, sait-on jamais, peut-être que le vrai Ricardo va passer ses
vacances dans cet hôtel somme toute plutôt ordinaire pour le fondateur d’un empire culinaire !

Annabelle en été, devant le rocher Percé, en Gaspésie…

L’une des choses les plus improbables qui te soit arrivée en voyage ?

Vénézuela, toujours au milieu des années 90 (il en arrivait des choses à cette époque et le Vénézuela était encore accessible). Je suis à Puerto La Cruz avec des amis. La veille, on a fait une petite croisière en catamaran au large du parc national Mochima.

Notre capitaine était un français établi là-bas qui, au cours de la journée, nous donnait des conseils sur la ville et sa région. Dont celui, pour
rejoindre plus facilement la ville à partir de notre hôtel (et à moindre coût), de faire
comme les Vénézueliens et de prendre le traversier qui relie les deux secteurs.

Le lendemain, une amie et moi décidons d’aller faire un tour en ville et, bien sûr, on utilisera le traversier. On se retrouve sur le bateau (ou plutôt, la chaloupe), bien entassées parmi tous les travailleurs retournant en ville après leur journée de travail, certains assis, la plupart debout, pour s’apercevoir que le rafiot est dirigé
par 3 hommes : l’un qui rame et deux autres qui écopent !

On s’est regardé, on s’est dit qu’heureusement on savait nager et que la traversée n’était pas très longue et on a hésité entre le rire ou la peur. Et ce n’était pas fini.

Rendues de l’autre côté (enfin), on marche tranquillement vers le centre-ville en se croyant
saines et sauves, lorsqu’un chauffeur de taxi arrive à notre hauteur, baisse sa vitre et nous crie : « Mais qu’est-ce que vous faites ici ? C’est le quartier le plus dangereux du pays ! » Je crois que ce français s’était bien moqué de nous (ou le
chauffeur de taxi) !

L’endroit le plus insolite où tu as été ?

J’hésite entre quelques endroits alors je te les présente tous ! D’abord, au musée du vaudou de la Nouvelle-Orléans, un véritable piège à touristes qui demande des offrandes (monétaires, évidemment) pour réaliser notre voeu ! Des dollars exposés partout entre les poupées vaudous, sous les masques de cérémonies ou derrière les colliers. Je le savais avant même d’y entrer mais je n’ai pas
boudé mon plaisir et j’ai embarqué dans le jeu (à ce jour, mon vœu ne s’est pas encore réalisé).

Ensuite, il y a Molenbeek (en Belgique, NDLR). Parce que ce n’est quand même pas courant d’aller en voyage jusqu’à Molenbeek, parce qu’en tant que nord-américains, on a plein de
préjugés négatifs envers le quartier. Au final, j’ai été agréablement surprise par l’accueil et les sourires des résidents, la vie de quartier et
l’architecture de l’endroit.

Enfin, l’île Bonaventure, face à la ville de Percé et son célèbre rocher, dans la région maritime de la Gaspésie, au Québec. C’est là que se trouve la colonie de fous de Bassan la plus accessible du monde. Le spectacle est à la fois insolite et unique !

…et Annabelle en hiver, à la ZEC des Nymphes !

Le lieu où tu as eu peur pour ta sécurité ?

Je n’ai jamais eu vraiment peur et je n’ai jamais été réellement en danger (je touche du bois), outre les quelques anecdotes citées plus haut. Mais je reste avec un drôle de ressenti de la ville de Nîmes.

En fait, c’est surtout un quartier de la ville que je devais traverser pour me rendre à mon logement qui me donnait la chair de poule.

Une série de vieux garages alignés tout le long de la rue sombre et peu passante, sous le chemin de fer, d’où m’observaient chaque fois les hommes assis devant leurs portes, ricanant entre eux, sifflant parfois.

J’avais l’impression de représenter une proie facile, il y avait cette petite voix en moi qui me disait d’être doublement prudente. Je me trompe peut-être complètement, mais disons que je ne m’éternisais pas et que je rentrais tôt en fin de journée pour ne pas avoir à y passer à la tombée de la nuit !

Un endroit que personne ne connaît mais que tu trouves fou ?

Les collègues blogueurs et mes lecteurs connaissent l’endroit de plus en plus mais c’est chez-moi ! Saint-Gabriel, dans la région de Lanaudière, au Québec.

Parce que c’est fou comme c’est beau ici, lorsqu’on s’installe sur la plage du lac Maskinongé avec la vue sur les montagnes de l’autre côté, été, printemps, automne ou hiver. Lorsque les arbres changent de couleur en automne, c’est même spectaculaire ! Et parce que c’est fou comme ce n’est pas assez connu et
fréquenté. Le secret le mieux gardé du Canada, rien de moins !

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3 commentaires sur “« Le rafiot était dirigé par 3 hommes : l’un qui ramait et deux autres qui écopaient »

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